HISTORIQUE DU PANTHÉON
Là
où s'élève aujourd'hui le Panthéon existait, depuis l'an 506, une abbaye
construite par Clovis sous l'invocation des Saints Pierre et Paul mais que le
peuple, après que Sainte-Geneviève y eut été inhumée, baptisa de lui-même
Sainte-Geneviève.
Encore que souvent restauré,
cet antique monument menaçait ruines quand, en 1744, Louis XV tomba gravement
malade, à Metz. Celui qu'à cette occasion on surnomma le Bien-aimé fit le vœu,
s'il guérissait, de remplacer la vieille église délabrée par un temple digne
et de la sainte protectrice de Paris et du roi très chrétien. Et le souverain
guérit.
Louis XV chargea alors le
marquis de Marigny, frère de Mme de Pompadour, de la réalisation de son vœu.
L'intendant des bâtiments du roi fit choix de l'architecte Soufflot revenu
d'Italie en 1749, ébloui par le style gréco-romain.
Le plan dressé par
l'architecte fut grandiose. L'église Sainte-Geneviève serait une immense croix
couchée sur le sol longue de 110 mètres et large de 84 mètres. Au cœur de la
croix s'élèverait un dôme de 83 mètres de haut.
Les travaux commencèrent en
1758, financés, ô surprise ! par deux loteries. Hélas, en 1780, des fissures
ébranlent l'édifice. Soufflot est disgracié. Un de ses élèves, Rondelet le
remplace et achève le gros des travaux en 1789.
Deux ans plus tard, à la
mort de Mirabeau, la Constituante décrète la transformation de Sainte-Geneviève
en temple de la Renommée qui recevrait " les cendres des grands hommes de
l'époque de la liberté française ". Le corps de Voltaire y rejoignit
bientôt celui de Mirabeau. Et c'est alors que le monument prit le nom de Panthéon,
c'est-à-dire de temple consacré à tous les dieux. Dans la pensée des
Constituants, ces dieux étaient les citoyens auxquels leurs actions ou leurs
vertus appelaient la reconnaissance de la nation entière. Rousseau y suivit
Voltaire. En même temps, Mirabeau. qui avait eu des relations secrètes avec la
cour royale, en fut expulsé, comme le sera Marat après le 9 thermidor.
En 1806, Napoléon rend l'édifice
au culte mais l'église Sainte-Geneviève n'en conserve pas moins son caractère
de tombeau de nos gloires. La Restauration en fait un temple uniquement
religieux. Mais en 1831 Louis Philippe rend à Sainte-Geneviève sa destination
de monument de la Renommée. Napoléon III, lui, adapte la solution de Napoléon
Ier : église et panthéon ensemble. Enfin, en 1885, à la mort de
Victor Hugo, la Troisième République transforme définitivement Sainte-Geneviève
en temple laïque, non sans qu'elle ait servi, entre temps, de quartier général
aux révoltés de la Commune en 1871.
Aujourd'hui au fronton du
Panthéon se lit la fameuse phrase voulue par les Constituants : " Aux
grands hommes, la patrie reconnaissante ". Parmi ces quelque deux cent
cinquante grands hommes qui reposent sous le dôme célèbre et sa "
couronne de colonnes, voici, avec Rousseau et Voltaire. Soufflot, le Maréchal
Lannes, Lazare Carnot, l'organisateur de la victoire, le Général Marceau, La
Tour d'Auvergne, premier grenadier de France, le député Baudin, mort sur les
barricades en 1851 le 3 décembre, le navigateur Bougainville, Victor Hugo, Émile Zola,
Marcelin Berthelot et sa femme, la seule qui ait eu les honneurs du Panthéon,
Jaurès le grand tribun, les savants Paul Painlevé, Jean Perrin et Paul
Langevin, Braille le bienfaiteur des aveugles, Marc et Victor Schœlcher, libérateur
des Noirs, Félix Éboué, le grand administrateur africain.
C'est sur un hommage
solennel à la Résistance que se sont achevées, en 1964, les manifestations
nationales qui ont commémoré les grands événements de 1914 et de 1944.
Nul mieux que Jean Moulin ne
pouvait incarner cet extraordinaire sursaut national qui dressa pendant plus de
quatre ans, toutes les forces vives de notre peuple contre l'oppression hitlérienne.
Celui qui devait devenir l'unificateur de la Résistance naquit, en 1899, à Béziers,
au sein d'une famille d'universitaires, profondément patriote et républicaine.
Trop jeune. il n'est mobilisé qu'en 1918, quelques jours avant l'Armistice.
La paix revenue, cet homme
aux dons multiples, cultivé, sensible, artiste, s'engage dans la carrière préfectorale.
Il est bientôt sous-Préfet d'Albertville, de Châteaulin, de Thonon. Il
devient Chef de Cabinet du Ministre de l'Air, Pierre Cot, puis, en 1937, Préfet
de Rodez.
En juin 1940, l'invasion
allemande le trouve Préfet de Chartres, où il est maintenu à son poste malgré
sa volonté de combattre.
Pratiquement seul, Jean
Moulin fait face aux désordres de l'exode, puis aux diktats de l'occupant
allemand.
Sommé de signer un document
cherchant à faire endosser aux armées françaises la responsabilité d'un
massacre de civils, et craignant de ne pouvoir résister aux violences de ses geôliers,
il tente le 17 juin, de mettre fin à ses jours : l'esprit de la Résistance était
né.
Peu disposé à exécuter les
directives de Vichy, qui veut expulser de l'Administration tous les hommes qui
refusent de se soumettre, il est destitué le 2 novembre 1940. Dès cette date,
Jean Moulin s'efforce d'approcher les hommes avec lesquels il se sent en communion
de pensée.
De sa propre initiative et
par ses seuls moyens, il décide de rendre compte au Général De Gaulle, qu'il
va rejoindre en Angleterre, où il arrive le 20 octobre 1941.
Le Chef de la France libre
devine aussitôt en lui l'homme susceptible de le représenter en France, et lui
donne mission " de réaliser en zone non occupée l'unité d'action de tous
les éléments qui résistent à l'ennemi ".
Jean Moulin revient en France
où il est parachuté dans la nuit du 31 décembre 1941 au 1er
janvier 1942.
Pendant les dix-huit mois que
va lui accorder le destin, surmontant d'innombrables difficultés, il bâtira,
au prix d'une existence harassante et périlleuse, l'édifice qui résistera aux
coups de l'ennemi et se développera jusqu'à la victoire Alliée et la libération
du territoire national. Dans et par la Résistance, Jean Moulin, grand Commis de
l'État et patriote clairvoyant, songe avant tout à reconstituer l'unité
nationale et, sans relâche, il s'efforce de coordonner l'action des divers
mouvements clandestins des deux zones, en les dotant des organes de liaison et
de direction nécessaires.
Délégué Général du Comité
National Français dont lui-même est membre, Jean Moulin constitue à Paris, en
mai 1943, le Comité National de la Résistance, dont il préside, le 27, la
première réunion, rue du Four. Les mouvements de Résistance, les partis
politiques et les centrales syndicales y sont représentés. Ainsi seront, groupées
derrière le Général de Gaulle toutes les tendances et toutes les forces vives
de l'opinion française.
Grâce à son activité
surhumaine et à l'efficacité de son action, Jean Moulin. approche bientôt des
objectifs qui étaient les siens, si bien que, se sachant pourtant menacé,
traqué, il se refuse à abandonner son oeuvre.
Le 21 juin 1943, victime
d'une trahison, il est arrêté à Caluire et. après un long calvaire, succombe
le 8 juillet dans le train qui le transfère en Allemagne, des suites des
tortures qui lui ont été infligées.
Il emportait ses secrets dans
la mort, assurant ainsi la survie d'une oeuvre sans laquelle l'une des plus
belles pages de notre histoire n'eût sans doute pas été écrite.